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 Eien Harakai | Le voleur lambda passe par la porte. Le voleur malin passe par la fenêtre. Le voleur habile passe par la cheminée. Le marchombre passe.

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Eien Harakai
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MessageSujet: Eien Harakai | Le voleur lambda passe par la porte. Le voleur malin passe par la fenêtre. Le voleur habile passe par la cheminée. Le marchombre passe.   Lun 21 Juil - 12:33




Eien Harakai




 


Informations

Nom Complet :: Eien Harakai
Surnom :: Princesse
Date de Naissance, âge ::  5 novembre, 19 ans
Nationalité ::  Japonaise
Orientation Sexuelle ::  Aucune idée de ce que ça veut dire
Classe ::  Première prépa section littéraire
Club ::  Présidente du club de musique
Job ::  Musicienne dans des piano-bars


Derrière l'écran

Comment es-tu arrivé ici ?  Par moi-même ? eê
As-tu lu le règlement ?  Validey' par le chat galeux ♥
Autre chose ?  /
Qui utilise-tu comme bouille ? Lady Phantomhive de Kuroshitsuji


Physique

On dit des petites femmes qu'elles sont les plus nerveuses. Si c'est vrai, alors Eien devrait être une véritable boule d'énergie, avec son mètre trente-sept très difficilement atteint. Oui, elle est petite, très petite, extrêmement petite. Et mince aussi, très mince, extrê... Bon, d'accord, j'arrête. De toute façon, vous avez compris, non ? Pourtant, sa silhouette n'est pas tant que cela celle d'une enfant. Elle est dotée de courbes plutôt agréables à l'oeil, qui lui constituent une jolie silhouette, entre adolescence et maturité.

Quand on la voit, on est en général charmé par l’aura d’innocence qui l’entoure. On ne peut qu’être touché par la douceur de sa gestuelle, par le calme qui se dégage d’elle. Elle se déplace et agit en la plupart du temps lentement, avec précision et efficacité, quand elle n’est pas occupée à se conduire comme une enfant joyeuse et sans responsabilité. Dans ces cas-là, elle rit, gazouille, et on ne peut plus lui donner ses dix-neuf ans. Toutefois, lorsqu'elle est seule ou croit l'être, ses gestes perdent en assurance, comme si elle se relâchait, se laissait aller – ce qui est le cas, d'ailleurs. Ainsi, à l'abri des regards, il lui arrive de se montrer presque maladroite, puisqu'elle ne veille plus à calculer chaque geste.

Sa peau est très pâle. Sans doute parce qu'elle ne sort pas, ou très peu, parce que le Soleil, s'il ne l'insupporte pas, lui est tout de même désagréable, parce qu'elle trouve qu'on est bien mieux dans un lit qu'un transat. Pourtant, cette peau n'est pas disgracieuse, juste fragile, délicate comme de la soie. On peut facilement avoir envie d'y passer les doigts, pour voir si elle est si douce qu'il y paraît. Ou les lèvres, dans l'espoir d'y trouver un goût fruité, délicat, délicieux. Espoir ou réalité ? A vous de voir...

Vous aurez beau vous démener à chercher sous toutes les coutures, vous ne trouverez pas la moindre cicatrice, quelle qu’elle soit, sur son petit corps. Elle a toujours été chouchoutée, veillée, protégée, par sa gouvernante surtout, ayant donc connu très peu de chutes et blessures, et aucune qui soit ne serait-ce qu'un peu préoccupante. Malgré ou à cause de cela, elle est extrêmement sensible à la douleur. Au moindre choc, sa peau fragile foncera sous l’hématome qui se développera presque immédiatement. De la même façon, elle peut se mettre à saigner pour un rien, puisque son épiderme est des plus délicats, se fendant au plus petit contact avec le tranchant d'un objet. Les veines de ses poignets se détachent, bleutées sur sa peau blanche, mais pas au point de sentir au passage des doigts plus qu'un léger renflement.

Son style vestimentaire ? Elle ne porte presque jamais de shorts ou de pantalons. Elle n'aime pas ça. Par contre, elle possède une très impressionnante collection de vêtements n'entrant pas dans cette catégorie. Les robes, les jupes, les débardeurs... Elle a une petite préférence pour ce qui est mignon, adorable, bref, ce qui a des froufrous, des rubans, de la dentelle. Quant aux couleurs, cela dépend en général de son humeur. Des couleurs claires quand elle est calme, du noir, avec des touches très sombres ou très vives, quand elle est sous la coupe d'une émotion forte et négative. Tout ce qui a trait à la mode ne l'attire pas – elle en rit même généralement. Il ne lui sied guère par exemple d'être perchée sur d'interminables talons et de se ruiner le dos juste pour le caprice d'une soi-disant beauté, même si elle porte volontiers des chaussures à talons de plus ou moins quatre centimètres pour se grandir un tout petit peu. Elle s'habille comme elle le veut, comme elle le sent, sans se préoccuper des détails ridicules et éphémères d'un courant vestimentaire.

Elle plutôt à l’aise avec le fait de se dénuder, partiellement en tout cas. Elle est trop innocente pour en concevoir de la gêne, ou pour capter l'envie dans le regard des gens, quand elle se dévoile ainsi. Ses tenues sont souvent découpées de manière à laisser voir ses bras fins et doux, ou encore, lorsque le dos est nu, le dessin délicat de ses omoplates. Le spectacle de sa peau pâle et lisse, dévoilée au gré de la danse de sa chevelure, a tout pour plaire, même si elle n'en sait rien.

Chevelure qui est d’ailleurs ravissante : longue, noire, elle est l'une des rares choses de son physique qu'elle parvient à apprécier vraiment. Sous certains éclairages, ses cheveux peuvent apparaître animés de reflets mauves ou bleus, à l'instar du plumage des corbeaux. Lorsqu'elle les laisse librement couler jusque sous ses reins comme une sombre rivière, elle semble prise dans une cape d'obscurité. Il lui arrive de les réunir en deux couettes ou deux tresses, et elle aime à orner ses coiffures de pinces fleuries accordées à sa tenue.

Le côté raffiné et complexe de sa chevelure contraste avec son visage qui, lui, est totalement et sans le moindre doute celui d'une enfant. On ne lui donne absolument pas son âge, si on se concentre juste sur son portrait. Ses traits sont délicats, jeunes, adorables. On pourrait la prendre pour une petite princesse, avec son nez fin, ses pommettes hautes, son front noble, et sa petite bouche d'un rose ravissant, qui s'ouvre sur des dents très blanches, parfaitement alignées. Très expressive, elle ne parvient pas à cacher ses émotions, et ne le tente pas de toute façon. Ainsi, lorsqu'elle est heureuse, ou triste, ou même en colère – dans ce cas-là, n'hésitez pas un seul instant, fuyez ! – cela se voit directement.

Et puis, au milieu de ce visage, il y a ses yeux. Ce pourquoi on se souvient d'elle en général. L'un, celui de gauche, est d'un bleu profond, qui paraît noir parfois, mais l'autre souffre d'une décoloration de la prunelle, autrement appelée hétérochromie, ou phénomène des yeux vairons. Sa teinte est un ravissant bleu de givre, clair et doux. Les deux, ensemble, forment un mélange exotique et étrange. Ses cils, longs et sombres, semblent pouvoir caresser ses joues de leur ombre lorsqu'elle bat des paupières.

Elle ne se maquille pas. Jamais. Elle juge cela inutile. Et puis, plutôt maladroite avec ce genre de produits, elle a vu ses rares tentatives se solder par des échecs cuisants. Hors, joueuse qu’elle est, il apparaît comme évident qu’elle déteste l’échec sous toutes ses formes. Il vaut mieux donc éviter de la forcer à se maquiller, sous peine de se retrouver sous la menace d’un crayon animé par une folle furieuse. Malgré sa petite taille, Eien est plutôt impressionnante – ou ridicule, au choix – quand elle est en colère...

Passons maintenant à une petite mise en situation. Oui, car il est temps pour moi, simple voix de papier, de m'animer, spectre invisible et intangible, pour aller observer Eien, et vous raconter ce que je vois.

Alors... Elle est devant l'immense miroir de sa chambre et, Dieux !, elle est vraiment petite. C'est la toute première chose qui me saute aux yeux. Il fait nuit, mais les rideaux de ses fenêtres sont ouverts, et laissent entrer un flot de lumière lunaire. Elle est... Nue. Les lueurs du ciel nocturne arrachent à sa peau de délicats reflets d'argent, que je trouve du plus bel effet.

Je profite de sa nudité pour observer de petits détails que je n'avais pu deviner auparavant. Je vois un petit grain de beauté à la base de sa nuque, un autre sur sa hanche gauche. Ils sont discrets, mais leur place ne me paraît pas contestable sur ce corps encore épargné par les blessures. Je regarde aussi ses ongles, à un instant où la Lune les caresse de ses rayons. Je les juge soignés, et leur fil me paraît acéré. Assez pour faire mal si elle griffait, mais trop peu pour faire couler le sang.

Ses cheveux relâchés cascadent sur sa peau si blanche en comparaison, et je comprends à présent à quel point cette couleur, qui me semble naturelle, lui sied. On nomme cette teinte « aile de corbeau », et c'est en quelque sorte un oiseau de nuit que j'observe en cet instant. La Lune, parfois cachée par un nuage, envoie sur sa chevelure des éclats étranges, bleutés, et bien qu'elle soit parfaitement immobile, cela provoque une illusion de mouvement assez hypnotique.

Elle bouge, maintenant. Ses mouvements sont gracieux, délicats, comme si elle pratiquait régulièrement la danse, mais elle n'a pas le dos extrêmement droit des ballerines, ni leur aura aérienne. On distingue des épaules frêles, des hanches que l'on apprécierait peut-être un peu plus larges, comme il sied à ce niveau de la silhouette, des mains délicieusement fines et habiles. Oh, elle, c'est une pianiste, cela se voit. Face à un clavier, elle doit composer la petite taille de ses doigts et la minceur de ses paumes par la rapidité de l'ensemble. Mais que fait-elle ? Oh... Elle ne reste pas nue. Si j'avais été humain, j'aurais sans doute pensé « Dommage », mais je suis une voix de papier, un spectre, une pensée, alors je me contente de la regarder faire.

Des sous-vêtements d'abord. Jolis. Noirs, de rubans, soie et dentelle, innocents mais pas prudes. Elle a bon goût, la petite. Ils tranchent avec le blanc de son teint, soulignent discrètement ses formes entre adolescence et maturité. Elle a l'air d'en avoir plein son armoire, des petites surprises de ce genre. C'est bien, je crois. Quoi ? Qu'est-ce que j'en sais, moi ? Je ne suis qu'une voix de papier ! Cessez donc de l'oublier. Oh ! Une robe maintenant. Enfin non. Une nuisette. Jolie aussi, dites donc. D'un ravissant bleu pâle, un peu transparente, un rang de dentelle sur le rebord inférieur, qui flatte ses genoux.

Elle se déplace. Sa gestuelle est vraiment plaisante pour l'oeil, même si elle me semble parfois hésiter quant au prochain mouvement à effectuer. Elle s'arrête au niveau d'une commode, et joue un instant avec une petite boîte posée en son sommet. Elle en tire une jolie paire de lunettes, à la monture discrète, de métal noir. Mais elle ne la met pas, pas encore. Elle marche à travers sa grande chambre, et s'empare d'un livre dont je ne puis distinguer le titre, avant d'aller s'asseoir sur son large appui de fenêtre. Elle pose les lunettes sur son nez, ouvre le volume, et commence à lire.

Moi, je suis tout d’abord captivé par ces lunettes. Elles lui donnent un air sérieux, sage, très tranquille, qui tranche avec le décor adorable de la chambre, tout de rubans et de peluches. Avec cet artifice sur le nez, elle paraît encore plus calme que sans, et l’intelligence de son regard me frappe de plein fouet. Elle en est un peu vieillie, on ne penserait pas à la rajeunir en cet instant. Puis elle parle, et sa voix m’aurait fait frémir, si j’avais eu un corps.

« […] La javeline fendit l’espace en une parabole étincelante. Ellana ne se trouvait pas sur la trajectoire de l’arme et, pour impressionnant qu’ait été le lancer, il s’en fallait de trente bons mètres qu’il atteigne les gradins où elle était installée. Elle ne put toutefois s’empêcher de baisser la tête. [...] »

Sa voix est douce, agréable à l'oreille. Il doit être plaisant de l'entendre chanter. En tout cas, bien qu'elle soit clairement japonaise, je ne puis déceler qu'un très léger accent dans son français, une façon d'appuyer sur les voyelles et de passer doucement sur les consonnes les plus dures, qui me fait penser qu'elle maîtrise plutôt bien cette langue, pas parfaitement toutefois. Elle articule avec soin, mais son ton ne résonne pas dans la pièce, il s'empare plutôt de l'espace avec une seyante délicatesse.

Il se dégage d'elle un calme doux, comme si lire en pleine nuit le second tome de la saga Ellana par Pierre Bottero n'avait rien d'anormal. D'un côté, je peux comprendre qu'elle ne souhaite pas dormir. Le ciel est splendide ces derniers jours, l'absence du moindre nuage permettant, malgré les violentes lumières de la rue, de distinguer les plus belles étoiles, et la Lune est presque pleine. De l'autre... Eh bien, les jeunes filles sont bien plus souvent dans leur lit une fois minuit passé.

Quand j'observe Eien dans sa globalité, je ne vois pas d'assurance. En général, les gens sont calmes parce qu'ils sont sûrs d'eux, mais elle ne me donne pas l'impression de l'être. Je vois l'enfant dans son regard, je l'entends dans sa voix, et j'ai l'impression qu'elle a conscience de ce côté gamin reflété par le décor de sa chambre, par l'émerveillement passionné avec lequel elle lit ce livre qu'elle connaît pourtant si bien. Je me souviens alors de ses déplacements hésitants à travers la chambre. Cela me semble étrangement approprié à sa personne. Elle a beau être paisible, elle ne cache pas sa fragilité. Se doute-t-elle d'à quel point les gens pourraient profiter de cela ? Sans doute l'ignore-t-elle, innocente comme elle l'est.

Il n'y a plus rien à voir de son petit corps, mais une question m'effleure, et vous en voudrez sans doute la réponse, autant que moi : que pense-t-elle d'elle-même ? Alors je change encore, passant d'esprit désincarné à simple pensée. Je me glisse doucement dans son âme, le lieu où sont entreposés ses plus grands secrets. Et je fouille, encore et encore, jusqu'à trouver. Ah ! Elle ne s'aime pas. Elle se trouve bien trop petite, bien trop faible, bien trop fragile. Elle déteste le fait de manquer de force physique. Mais, plus que tout, elle hait ses yeux vairons. Une phrase hante son cerveau, une phrase hurlée qu'elle n'a plus jamais oubliée. Et un détail que je n'avais pas vu me saute aux yeux désormais. Je me souviens d'un cache-oeil, posé avec soin sur sa table de nuit. Sans doute l'a-t-elle longtemps porté, car il est usé, effiloché. Je vois aussi dans sa tête qu'elle s'est refermée sur elle-même à chaque fois qu'on a voulu aborder avec elle le sujet de ses prunelles.

Une autre question me vient, caressant la pensée que je suis en la teintant d'une tentante curiosité. Je n'hésite pas un instant, car si vous me lisez, c'est que vous voulez en apprendre plus, vous aussi. Je me demande donc quels sont ses goûts culinaires. Alors je fouille à nouveau, et je n'ai pas à chercher trop longtemps, puisque malgré sa lecture, elle songe déjà au repas qu'elle prendra au matin, quand sa gouvernante sera levée. Je saisis donc les informations qui passent à ma portée, et j'aurais souri si j'avais eu un corps. Elle aime les aliments au goût plutôt doux, comme le riz, le saumon. D'ailleurs, elle apprécie la plupart des poissons, les préférant à la viande en règle générale. Elle n'aime pas trop les pâtisseries sucrées, comme les bonbons que l'on trouve en Europe, ni les choses acides ou trop épicées. Elle adore les petits cœurs en sucre doux que son père lui a une fois rapportés de Belgique, ceux qui fondent délicatement au contact de la salive, mais ce sont les seules friandises ou presque qu'elle mange. Si elle apprécie beaucoup les plats japonais, au goût en général discret, elle est curieuse des cuisines du monde, et goûte volontiers de tout, même si elle ne se force jamais à manger quand elle n'aime pas ou ne veut pas. Je reste encore, le temps d'une dernière information... Son plat préféré est la recette de pâtes au saumon que lui fait sa gouvernante toutes les deux semaines, seule recette d'ailleurs qu'elle parvient à reproduire.

Il est temps pour moi de repasser de l'état de simple pensée à celui de voix de papier. Je n'ai plus rien, en cet instant, à décrire d'Eien. Mais peut-être m'entendrez-vous à nouveau...
Caractère

Une enfant.

Joueuse : La meilleure façon d'amadouer Eien ? C'est par le jeu, sans le moindre doute. Qu'on lui propose un jeu, n'importe lequel, mis à part ceux d'argent qu'elle trouve inélégants, et elle s'y pliera avec joie. Même ceux qui peuvent la mettre en danger, d'ailleurs, puisqu'elle respecte toujours les engagements pris dans le cadre d'un affrontement par le ce moyen. Enfant, elle a souvent été sujette à l'ennui, et jouait contre elle-même pour contrer ce sentiment, qu'elle détestait, et déteste toujours, viscéralement. Elle est consciente du pouvoir de cette addiction sur elle, des dangers auxquels elle s'expose. Mais pour elle, arrêter de jouer, c'est comme se sevrer d'une drogue. Elle sait qu'elle devra bien finir par se détacher de cette dépendance. Cependant, c'est pour l'instant hors de question, à ses yeux. Elle considère avoir trop besoin du goût à la vie qu'ils lui procurent.

Taquine : Oh, vous voulez la chercher ? Attendez-vous à la trouver, et plutôt deux fois qu'une. Eien sait manier les mots. Elle peut faire mal, sans même s'en rendre compte, comme si son instinct lui disait où frapper pour remporter ce qu'elle ne voit que comme un jeu. Il peut arriver qu'elle se serve de cela pour se défendre, mais c'est assez rare au final. Elle est plutôt inoffensive comme femme. A moins d'être blessée, ou de voir l'un de ses alliés être blessé, elle ne cherchera pas à être agressive.

Câline : Existe-t-il en ce bas monde une personne plus tactile que la petite Harakai ? Permettez-moi d'en douter. Elle aime le contact, qu'il soit bref et léger, ou prolongé et intime. Pourtant, n'y voyez pas une connotation sexuelle : Eien ignore tout des plaisirs de la chair. Lorsqu'elle a fini par en parler un peu avec sa mère, celle-ci lui a juste dit qu'il s'agissait d'un jeu. Donc, naïvement, elle a hâte de découvrir les règles de ce divertissement, de savoir ce qu'il en retourne, et surtout, de gagner.

Innocente : Elle ne sait rien, comme je viens de le dire, de tout ce qui touche de près ou de loin au sexe. Cela peut sembler décourageant, parce que contrairement à la plupart des gens qui vivent isolés, elle n'a pas cherché à apprendre toutes ces choses. Bien entendu, elle est vierge, et n'a même pas conscience de ce qu'il peut se passer entre ses jambes. Elle pourrait sans difficulté amener n'importe qui à se taper la tête sur les murs de désespoir, sans même comprendre cette réaction. Oh, vous taper la tête sur les murs pour une innocence intense vous semble abusif ? Parlez-lui donc de préservatifs et vous verrez. (« Oh ! C'est bizarre, ce machin ! On dirait un ballon gonflable... Tiens, c'est peut-être une bombe à eau! »)

Capricieuse : Eh oui ! Il y a des choses qu'elle refuse d'accepter, de laisser passer. Et elle est prête à tout pour obtenir gain de cause. Elle peut se départir de son calme, le temps de piquer une crise de colère qui fera trembler les murs et se décrocher les tableaux, si on dépasse les limites de ce qu'elle peut accepter. Par exemple, ne vous avisez pas de toucher Usa-kun, son cher doudou lapin. Elle se mettrait dans une rage folle et, croyez-en la voix de papier que je suis, vous ne voulez pas la voir dans un tel état.

Craintive : Avez-vous déjà vu un enfant se cacher derrière la jambe de son père lorsque celui-ci le présente à un inconnu ? Eien fait parfois sensiblement la même chose. Ses interactions avec l'extérieur ont toujours été limitées, alors elle ne sait pas vraiment comment agir, quand s'arrêter. Et elle ne sait pas qui peut lui faire du mal. Elle n'a conscience que de peu de choses concernant le social, au final. Mais elle a accepté le fait d'être ignorante à propos des interactions humaines (et des plaisirs de la chair, mais ça, c'est différent, elle ne sait même pas que ça existe.), et elle ne demande, malgré sa timidité, qu'à apprendre.

Gourmande : Cet aspect d'elle est... Etrange. Elle adore manger, et mange beaucoup, en général. Mais elle ne grossit pas, sans doute parce que, née prématurément, elle reste toujours petite et fluette. Par contre, si elle ne veut pas, ne cherchez pas à la forcer. Elle pourrait se mettre dans une colère noire, et décider de vous lancer toutes sortes d'objets à la tête. Sa gouvernante a souvent fait les frais de ce genre de comportements, et a fini par se faire une raison, renonçant à la faire céder. Recevoir une pantoufle en pleine tête, ça aide souvent à comprendre ce genre de choses.

Naïve : Elle vous a blessé ? Il est très probable que ça n'ait pas été son intention. Ne cherchez pas, si vous n'avez pas dépassé ses limites et provoqué une cruauté toute vouée à la défendre, elle ne l'a sans doute pas fait exprès. Même quand elle joue, elle n'a pas conscience du fait qu'elle pourrait meurtrir quelqu'un, et tentera tout pour se faire pardonner si cela arrive. Dans un coin de sa tête, tout est rose, avec des jolies licornes et des nuages en forme de coeur. Oui, c'est ridicule, mais allez expliquer ça à une fille qui sort le nez de chez elle deux fois par an.

Une artiste.

Calme : Si ce n'est pendant les jeux, qui sont pour elle des occasions de se détendre, de se relâcher, Eien est plutôt calme et observatrice. Elle aime bien regarder comment agissent les personnes de son entourage, tisser avec eux une agréable harmonie. Elle n'est pas vraiment du genre à élever la voix, à tenter de se faire entendre. En fait, elle préfère passer assez inaperçue, si ce n'est sur scène où elle évacue tout ce qu'elle a bien pu garder pour elle : la tristesse, la solitude, la crainte, surtout.

Musicienne : Elle aime profondément la musique. Quand elle est au piano, quand elle chante, parfois les deux à la fois, elle sent tout son être vibrer au rythme des notes. Elle s'expose et se met à nu dans ses oeuvres, sans honte, en toute simplicité. Il n'est pas rare de la voir fondre en larmes après un morceau, tant ce qu'elle a livré est important à ses yeux. Elle n'éprouve ni timidité ni pudeur à s'offrir ainsi au public, quand il y en a un, car elle n'a pas honte de ce qu'elle est.

Critique : Autant elle ne craint pas de voir ses œuvres disséquées, examinées, et un avis être donné, autant il faudra s'attendre à la voir en faire de même. Elle n'a pas sa langue dans sa poche, et c'est encore pire lorsqu'on parle d'art. Elle n'a pas peur de blesser, d'outrepasser les limites, puisqu'à ses yeux, un artiste doit être prêt à faire face aux avis, quels qu'ils soient, sur ses créations.

Sincère : Chaque mot qu'elle chante, chaque notre qu'elle joue, est toujours chargé de sentiments. Et elle ne les crée pas du néant, loin de là. Elle se sert de ce qu'elle éprouve ou a éprouvé, pour donner à ses textes une profondeur assez peu commune. Il n'est pas difficile d'être ému par elle, si petite devant son piano à queue, sa voix emplissant l'espace de la scène. Elle n'en a pas conscience, pas vraiment. Elle sait que ce qu'elle fait plaît aux gens – pas assez cependant pour lui assurer une notoriété hors du cercle fermé des piano-bars – mais elle ignore que c'est l'honnêteté absolue de ses mots et de ses notes qui crée cette satisfaction de son public.

Assidue : Que ce soit en études ou pendant qu'elle compose, lorsqu'elle s'isole dans sa chambre ou son bureau, c'est comme si elle placardait sur le mur une énorme pancarte "NE PAS DÉRANGER !". Et croyez-en la voix de papier que je suis. Quand elle demande à ne pas être dérangée, il vaut mieux lui obéir. Elle peut être très, très imaginative pour ce qui est de faire souffrir les dissidents. Il est à noter toutefois que si elle perd la notion du temps, ce qui lui arrive plutôt souvent, il est possible de tenter une approche, mais calmement, sans jamais hausser le ton. Ah, et en s'apprêtant à marchander, aussi. Beaucoup.

Taciturne : Eien a pris l'habitude de parler peu. Elle économise et pèse ses mots. Dans son enfance où le silence était maître, elle a vite appris quel pouvoir ils avaient, et à quel point chacun d'eux était précieux. Chez ses parents, il lui arrive de rester des jours entiers sans parler, puisque la gouvernante comprend ses désirs et besoins avant qu'elle doive les formuler. Et lorsqu'elle prend la parole, c'est presque toujours d'un ton doux, discret, et avec une étincelle d'émerveillement dans le regard, comme si elle redécouvrait le son de sa voix. Même lorsqu'elle joue, son timbre est calme, paisible, bien qu'on puisse y percevoir sa joie d'assouvir son addiction la plus forte.

Singulière : Comme vous l'aurez peut-être déduit de votre lecture, il y a deux facettes d'elle, l'enfant et l'artiste. Elle ne le réalise pas vraiment, elle se contente d'être comme elle le souhaite. Ainsi, elle peut passer en un instant de la mélancolie au rire. Malgré cette inconstance qui en déroutera plus d'un, sa pensée est d'une profondeur acquise pendant les trois dernières années de sa vie, qu'elle a passées à réfléchir plus que jamais, sur elle-même et ce qui l'entourait. En un sens, elle est plus libre que certains ne le seront jamais, puisqu'elle accepte ses émotions parfois sans cohérence, et ne s'en trouve pas incommodée, se moquant bien de l'avis extérieur.

Une alliée.

Fidèle : Une fois sa confiance acquise, à moins d'une faute très grave, on ne la perd pas. Elle ferait tout pour les rares personnes qu'elle considère comme ses amis. Elle offre facilement sa confiance aux gens, trop naïve pour se dire qu'ils pourraient lui faire du mal, d'une façon ou d'une autre. Elle tient toujours ses promesses.

Ouverte : Eien aura souvent la patience d'écouter. Si quelque chose ne va pas, quelle que soit cette chose, vous pouvez lui en parler sans hésitation. Elle ne vous jugera pas, et tâchera de vous aider de la manière la plus efficace possible. Elle n'aime pas que ses alliés et amis se sentent mal, peu importe la raison. Le fait qu'elle ait au final très peu d'alliés et d'amis rend la chose plus aisée. Toutefois, il faut bien se rentrer dans le crâne qu'elle n'est pas devineresse. Si on ne lui dit pas que quelque chose ne va pas, la plupart du temps, elle ne pourra pas le savoir, toute observatrice qu'elle est.

Divertissante : Si ce n'est lorsqu'elle est en phase de création, Eien est une personne avec laquelle on peut beaucoup s'amuser. Elle a toujours l'idée d'un jeu, d'un passe-temps, qui transformera les heures en minutes. Oh, oui, on ne s'ennuie pas avec elle. Bon, après, il faut savoir faire face aux conséquences. Par exemple, une inondation de la maison, une chambre sans dessus-dessous, des sourcils brûlés...

Acharnée : S'attaquer à l'un de ses amis ou alliés est la meilleure façon qu'il soit pour se retrouver avec une terrible ennemie sur le dos. Et elle a de la ressource, la petite Harakai, oh que oui. Elle n'hésite pas à se servir de l'argent et des relations de ses parents. Elle est plutôt douée pour agir avec intelligence et efficacité, quand c'est une rage froide et implacable qui la motive. La vengeance, pour elle-même ou pour un être cher, n'est pas un jeu pour elle. C'est en un sens ce qui rend sa rancune encore plus dangereuse.

Des Valeurs.

Volonté : Eien considère que la volonté est la plus grande force qui soit. Qu'en gardant son objectif en vue, on peut toujours réussir. Cela peut-être par des moyens détournés, méthode qui a son affection toute particulière, ou directement, mais cela finit toujours par payer. Elle n'a pas, pour l'instant, de but ultime. Mais ses rêves sont ancrés dans sa mémoire, et elle compte bien les accomplir. Cette volonté lui permet aussi, malgré les quelques blessures de son âme, d'être forte, de sourire, de vivre, même s'il lui a fallu quatre ans pour découvrir qu'elle ne comptait pas s'effondrer.

Sagesse : Le savoir est une forme d'art à ses yeux. Elle aime apprendre, connaître, appréhender. Elle lit beaucoup, même si elle ne retient pas toujours les informations, et, à cause de cela, pourra même relire les ouvrages les plus compliqués. Et lorsqu'elle a acquis le savoir, elle le retravaille, encore et encore, jusqu'à le maîtriser parfaitement. Avant qu'elle se découvre une passion pour le piano et le chant, elle passait encore plus de temps en tête à tête avec des ouvrages de toute sorte, mais elle a réduit légèrement ce vrai festin d'informations pour pouvoir se consacrer aussi à la musique.

Honnêteté : La vérité est dure à dire, mais c'est dans ce cas-là qu'elle est la plus précieuse. Eien considère que si on est blessé par la vérité, alors, il fallait la connaître. Elle n'a pas sa langue dans sa poche, et sa franchise peut parfois paraître déconcertante, voire lui attirer des ennuis. Envers elle-même surtout, elle est toujours parfaitement et presque cruellement honnête, n'hésitant pas à presque s'insulter quand une chose qu'elle fait, dit ou pense ne la satisfait pas. Il est à souligner qu'elle peut se départir de cette valeur le temps d'un jeu, juste pour dérouter et piéger son adversaire, parce que la victoire est plus importante encore à ses yeux.

Des faiblesses.

Chats : Elle a deux chattes, qu'elle aime plus que tout. Son père lui en a fait cadeau à son dix-neuvième anniversaire, et elle les a tout de suite adorées. Grâce à elles, elle a pu se libérer du cache-oeil qui dissimulait sa prunelle de glace et verrouillait son âme. Elle leur parle souvent, pour se détendre, pour laisser sortir la tristesse qui l'étreint parfois. Il faudrait vivre avec elle, juste pour entendre le timbre doux et tranquille de sa voix, lorsqu'elle s'adresse à elles en pensant que personne ne l'écoute. Elle est plus sincère encore avec Nina et Anna qu'avec la plupart des êtres humains. Moins, cela dit, qu'avec Usa-kun...


Peluches : C'est mignon ? C'est doux ? Alors Eien aime.  Rien de mieux qu'une peluche pour amadouer l'enfant qu'elle est toujours. Son lit en est rempli. Il n'est pas rare de la voir avec son doudou dans les bras, d'ailleurs. Le doudou ? Une peluche de lapin, toute simple, mais qui a toujours reçu ses confidences. Ce gardien de ses secrets ne sort pas de la maison, car elle ne tolérerait pas que le moindre mal lui soit fait, mais dès qu'elle rentre chez elle, elle s'enferme avec lui dans sa chambre, et lui raconte jusqu'à la moindre de ses pensées. Ses autres ont moins d'importance pour elle : elle peut s'en passer pour dormir, et aucune ne réveille en elle l'attachement profond qu'elle a pour Usa-kun. Si elle en a tant, c'est parce qu'elle les trouve belles et douces, parce qu'il n'y a pas, à son sens, de meilleur sommeil que celui dans un nid de couvertures, d'oreillers et de peluches.

Bruit : Eien a peur du bruit. Enfin, elle le craint lorsqu'il est fort, menaçant. Ainsi, lui crier dessus est le meilleur moyen de la voir se bloquer et fondre en larmes. Elle peut garder pendant longtemps la peur de quelqu'un qui l'a ainsi effrayée. Elle n'a jamais, au grand jamais, été battue ou violentée, mais elle tire cette peur de son altercation avec le professeur d'histoire qu'elle aimait tant. Le premier, il lui a crié dessus, sans savoir sans doute qu'il lui causerait une presque phobie. Pour son oreille si sensible aux bruits, les cris sont contre nature, porteurs d'une menace sans nom. Sa peur concerne aussi les autres sons forts. Ainsi, elle sera effrayée par les pétarades d'une moto, la chute d'un objet lourd, et cetera. Elle fait parfois des cauchemars où un son emplit ses oreilles et s'amplifie au-delà du tolérable.

Douleur : Dans sa vie d'isolée, il n'y a pas eu beaucoup de souffrance physique. Le fait d'avoir mal la terrorisera, d'autant plus si elle ne comprend pas pourquoi on la blesse. Elle ne peut pas oublier quelqu'un qui l'a frappée, ni la façon dont il l'a fait, ni la douleur qu'il a causée. Elle ne parvient d'ailleurs pas à cacher sa peur face à ce genre de choses. Même si cette crainte n'est pas aussi forte que celle des cris, elle prend garde, un maximum, à ne pas se blesser. Car à chaque fois que cela arrive, c'est pour elle comme si la souffrance envahissait son cerveau, l'étouffant sans lui laisser de répit.

Technologie : Vous vous dites qu'à notre siècle, ne pas maîtriser la technologie est ridicule ? Vous avez sans doute raison. Mais Eien s'en fiche, de ça. Elle sait à peine allumer un ordinateur. Elle aurait pu apprendre, elle ne l'a jamais souhaité. Elle pense qu'avec la technologie, tout est devenu trop facile, que le jeu n'est plus amusant. Deux exceptions à cela : Les consoles (« Me priver des centaines de jeux qu'offrent les consoles ? Ça va pas bien dans ta tête ? ») et son téléphone portable. Notons tout de même que ce dernier est un assez vieux modèle, elle trouve les nouveaux plus proches au niveau de la forme d'un appareil à gaufres...

Inattention : Cela arrive. Parfois, Eien est si profondément plongée dans ses réflexions qu'elle perd tout contact avec la réalité. Ces phases d'absentéisme peuvent survenir n'importe quand et durer de quelques secondes à presque une heure. Elle reste alors les yeux dans le vide, impassible, parfaitement immobile. Les bruits forts et la douleur, pourraient la tirer de ses pensées, puisque par réflexe, son corps tentera de se soustraire au stimulus menaçant. Lorsqu'elle en ressort seule, elle est embrouillée, perdue, le corps engourdi, comme si elle avait dormi trop longtemps.


Histoire

Acte un : L'argent ne fait pas tout

Vous conter la naissance d'Eien serait fastidieux et inutile. Vous ne vous intéressez pas, c'est évident, à la façon dont elle est sortie du ventre de sa mère, ni au temps que cela a pris, ou autres détails décoratifs que vous fournissent parfois les voix de papier telles que moi. Sachez juste qu'elle est née très prématurément, au point d'en garder des séquelles. Ainsi, elle est restée très petite, très frêle, ce qui a amené ses parents à la surprotéger... D'une certaine façon. Qui ne serait sans doute pas la meilleure, mais aura été sincère. Cet élément, le fait que ses parents n'ont pas un seul instant eu l'intention de lui nuire, est important pour la suite de l'histoire, plus particulièrement son évolution psychologique.

Mais parlons donc un peu de ses parents. Sa mère, de son nom de jeune fille Mina Ketsueki, avait épousé son père, Sôshi Harakai, dont elle était amoureuse depuis le collège. L'enfant arriva quelques années plus tard, en même temps que deux autres évènements, qui seraient lourds de conséquences. Tout d'abord, une série de promotions pour monsieur Harakai, qui, en deux ans, le menèrent à la tête de sa société d'électronique. En second lieu, le décès de l'oncle de Mina, qui lui avait légué un solide héritage. Fort de son nouveau statut, Sôshi promut à son tour sa femme, qui travaillait dans sa société, la faisant accéder au rang de secrétaire particulière du directeur. Sa secrétaire. Inutile de souligner à quel point les deux salaires étaient conséquents...

L'argent rentrait donc à flot dans les comptes du ménage. Mais il y avait une grande conséquence à cette montée en puissance, une conséquence à laquelle ils ne pensèrent pas une seule fois, tous les deux, au moment d'accepter leurs nouvelles charges. L'enfant. Ils ne s'en occupaient plus ou très peu, la confiant toujours à une nourrice. C'était à peine s'ils pouvaient rappeler dans leurs esprits le souvenir du son de sa voix. Oh, ils n'avaient pas de mauvaises intentions, bien au contraire. Ils avaient ouvert un compte en banque pour la petite, un compte très fourni d'ailleurs, pour qu'elle ne manque jamais de rien. Ils ne réalisaient pas à quel point elle pouvait souffrir de la solitude. Même Shôshi, terriblement sensible à ce genre de choses, ne vit pas que cela amenait sa fille à être différente des enfants qui ont l'amour de leurs parents.

Eien était du genre calme, là se tenait la différence. Elle ne réveillait pas sa gouvernante pendant la nuit, ni ne pleurait pour un oui ou pour un non. Ses yeux étranges observaient tranquillement tout ce qu'il se passait autour d'elle, comme si rien ne la surprenait, comme si elle savait tout. Il lui arrivait de rire, un son doux et clair, mais cela ne durait jamais longtemps. Elle prit conscience très tôt de l'amour mutuel, profond et fort, qui liait ses parents, même si elle ne comprit que plus tard à quel point un lien si solide, au goût d'absolu, avait dû se forger à la flamme des deux brasiers les plus puissants qui soient : celui des épreuves et celui de la volonté.

Acte deux : L'enfant du silence

Que ce soit avec ou sans ses parents, un enfant grandit. Eien ne fit pas exception à la règle. Même si elle resta très petite et frêle, elle grandit. Elle avait parfois des petits soucis de santé, comme tout le monde, mais puisqu'elle sortait peu, elle fut au final peu exposée – et bien plus fragile face à ce genre de choses. Cependant, dès l'âge de six ans, elle eut des difficultés avec la vue. En plus d'une hétérochromie vraiment particulière, puisqu'elle avait hérité à la fois du bleu profond de sa mère et du bleu de glace de son père, elle découvrit bien vite qu'elle devrait toujours porter des lunettes pour lire, sous peine de voir sa vue baisser de plus en plus. Ainsi, tous les six mois, elle devait se procurer des verres plus adaptés à sa vision, qui avaient pour effet de ralentir la dégradation de celle-ci. Il lui arrivait régulièrement d'avoir mal aux yeux, de les sentir secs et brûlants, tant que même des larmes, dues à un réflexe naturel, ne pouvaient les soigner. Cette brûlure qu'elle était incapable d'apaiser la rendait folle à chaque fois qu'elle se déclenchait. Sans doute est-ce à cause de cela qu'elle tolère très mal la douleur, quelle que soit sa nature, aujourd'hui encore.

Le jour de ses cinq ans, ses parents lui offrirent un lapin en peluche. Le doudou, d'office baptisé Usa-kun, ne quitta plus que très peu sa propriétaire. Il avait un caractère presque sacré pour elle. Elle lui parlait pendant de longues heures, plongeant ses yeux étranges dans les boutons qui lui servaient de prunelles, et ne dormait jamais sans lui. Elle pouvait y sentir le délicieux parfum de vanille qui lui rappelait sa mère, et cela suffisait à apaiser ses nuits. Encore aujourd'hui, elle ne s'en sépare que quand elle sort de chez elle, comme si elle craignait que, dehors, il soit dégradé. Elle ne tolère pas que qui que ce soit d'autre qu'elle y touche, tant elle a peur qu'il soit abîmé.

Ses parents voyageaient beaucoup, à cause de leur travail qui les envoyait parfois à l'autre bout du monde, et souvent en-dehors du pays. Aussi, ne pouvant assumer leur charge face à une école privée ou publique, choisirent-ils d'accorder à leur enfant des cours particuliers, à domicile et par correspondance. Elle apprenait vite et bien, mais il lui manquait une chose.

Les relations. Elle n'avait pas d'ami. Elle connaissait déjà, malgré son jeune âge, une solitude cruelle et profonde, dont elle n'espérait pas se tirer. En fait, elle ne l'imaginait même pas. Pour elle, tout le monde était aussi seul qu'elle. Elle trouvait normal d'à peine connaître le son de sa propre voix, de garder le moindre mot qu'on lui adressait comme le plus grand des trésors. Elle était une enfant de silence.

Acte trois : Du plaisir d'apprendre

De ses professeurs particuliers, elle n'en retint qu'un seul. Un jeune homme qui commença à lui donner cours alors qu'elle n'avait que dix ans, et continua pendant presque six ans. Elle trouvait sa façon d'enseigner fascinante, et attendait avec impatience de le voir s'asseoir à sa table.

Elle ne négligeait pas ses autres cours pour autant, oh, non ! Bien au contraire. Elle s'appliquait à travailler le mieux et le plus vite possible, pour pouvoir se consacrer dès que possible à son cher professeur. Et elle mettait tout son coeur d'enfant dans le moindre travail qu'il pouvait bien lui demander, quelle qu'en soit la difficulté, affichant passion et respect, alors qu'aux autres, elle n'offrait qu'une façon de procéder méthodique, intéressée certes, mais aussi plutôt désinvolte.

Peu à peu, un sentiment naquit en elle, nourri par chacune des visites de l'enseignant. Ce fut d'abord un amour d'enfant. Un amour innocent et naïf. Un amour beau, pur, inconditionnel. Puis elle grandit. Elle ne le vit plus comme un adulte impossible à atteindre, elle ne le vit plus comme un idéal à peine effleuré, mais comme l'homme qu'il était. Oh, il était jeune, mais avait tout de même treize ans de plus qu'elle. Et une femme, aussi.

Les autres professeurs se sentaient parfois un peu désespérés du peu d'intérêt qu'elle portait à leurs enseignements. Mais nulle matière ne lui paraissait aussi intéressante que l'histoire de l'art, qui était celle assignée à l'homme qui la passionnait tant. Elle était aveuglée par ce feu grondant qui faisait rougir ses joues en permanence, lorsqu'il était avec elle, éblouie par son intelligence, bercée par sa voix chaude et grave.

Dans son innocence, elle ne faisait que supposer l'amour et la tendresse qu'elle nourrissait pour lui. Car elle ne savait de ces sentiments que ce qu'elle avait lu dans les livres. Elle se disait que cela ne pouvait pas être seulement de l'admiration, que c'était bien plus que cela. Elle passait tant de temps à penser à lui que c'en était à la limite de l'obsession. Et puis elle éprouvait à la moindre attention qu'il lui portait ces sensations décrites par les ouvrages romantiques qu'elle dévorait... Elle ne pouvait pas se tromper n'est-ce pas ?

Acte quatre : Le coeur et ses chimères

Puis vint le jour où, naïvement, elle se confessa à lui. Certains considèrent que l'être humain fait des erreurs en étant confronté à ses semblables. Peut-être n'aurait-elle jamais été exposée à la blessure qui allait suivre, si elle avait été parfaitement solitaire, si elle ne lui avait pas ouvert son coeur. Oui, peut-être... Mais toujours est-il qu'elle fut profondément meurtrie par les conséquences de son acte.

Car il la rejeta. Violemment. Il se mit dans une colère noire, lui hurlant des choses immondes, lui lançant à la tête toutes les insultes possibles et imaginables. De cela, elle tira une peur profonde et instantanée des cris. Et... Autre chose. Parce qu'une phrase lui resta gravée dans la tête, peu importe la façon dont elle essayait de l'effacer.

« Tu n'es qu'un monstre, avec ton regard de bête ! » Eien avait seize ans, mais elle était terriblement fragile. Voir la confiance qu'elle offrait à ce professeur ainsi brisée lui fit mal, presque au-delà du supportable. Elle ne comprenait pas pourquoi il l'avait amenée à souffrir, pourquoi il lui avait jeté cela à la figure, et ne le saurait sans doute jamais. Pendant près d'une semaine, elle refusa de sortir de sa chambre, piquant d'horribles crises de colère dès qu'on essayait de l'y obliger. Ses parents durent s'en mêler personnellement. Ils posèrent quelques jours de congé, tous les deux, et s'appliquèrent à la faire sortir de son antre. Ils y parvinrent, après beaucoup de difficultés.

Parler à leur fille uniquement à travers l'épais panneau de bois de la porte de sa chambre, faire des montagnes d'efforts pour lui arracher à peine un mot de réponse, finit par lasser son père, qui crocheta la serrure, et l'obligea à l'écouter. Il se fichait de connaître les faits qui l'avaient meurtrie à ce point, il savait qu'elle était une adolescente, et qu'il ne pouvait sans doute pas comprendre les raisons de son trouble. Tout ce qui comptait, à ses yeux paternels, c'était qu'elle se reprenne, qu'elle redevienne la douce et rieuse Eien, plutôt que cette étrange copie qui avait son corps mais un esprit vide. Cela paya. Elle finit par accepter de sortir au moins de son antre, de revoir la lumière du jour.

Mais, si Eien ne passait plus des jours entiers dans sa chambre, elle refusait encore d'aligner plus de quelques mots à la fois, et à la même personne. Elle avait posé un cache sur son oeil de glace, et faillit frapper sa gouvernante, quand celle-ci voulut le lui enlever. Elle ne tolérait plus que l'on puisse voir sa prunelle étrange. Et elle restait murée dans le silence...

Acte cinq : Le pouvoir du savoir

Cependant, Eien ne chuta pas totalement. Elle se raccrochait à ce que son professeur lui avait transmis, outre le savoir : l'envie d'apprendre. Elle jugeait que, s'il avait peiné son coeur, ce n'était pas une raison pour renier ce qu'il lui avait offert de bon. Réaliser qu'elle ne pouvait pas tout simplement baisser les bras et s'abandonner lui prit longtemps. Les paroles de son père, le jour où il l'avait forcée à l'écouter, étaient gravées dans sa mémoire, et ce souvenir l'aida beaucoup. Elle avait des difficultés à lire avec son cache, mais s'y forçait, ne s'arrêtant que quand elle sentait ses rétines brûler ou quand elle se laissait gagner par la faim, la soif, le sommeil.

C'est ainsi, en dévorant tout le savoir qu'elle pouvait, qu'elle découvrit les livres de Bottero. Pour la première fois pour ce qui lui semblait des lustres, elle prit son temps pour lire une série d'ouvrage. Elle était tout simplement émerveillée face à la liberté d'Ellana, à la profondeur d'Ewilan, à la force de Shaé. Elle se trouvait bien faible, sans éclat, quand elle se comparait à ces fortes personnalités, mais plutôt que de se sentir démoralisée, elle les vit comme un tremplin, un but à atteindre. Encore aujourd'hui, elle relit régulièrement ces livres, toujours parcourue des mêmes frissons, comme si elle les découvrait à chaque fois. Elle en connait des passages entiers par coeur, qu'elle se récite quand elle est trop chamboulée.

Une nuit, curieuse, elle se glissa dans une salle de sa maison dans laquelle elle n'était jamais entrée. Il y avait dans cette pièce un piano à queue, majestueux même dans son silence, et plusieurs autres de bien moindre importance. Elle resta un instant médusée par la vision du noble instrument, dont le lustre noir était rendu étrangement brillant par la Lune qui le caressait de ses rayons. Elle s'approcha calmement, s'assit sur le siège, ouvrit le clapet, et posa ses mains sur le clavier. Et là, ce fut le déclic. Elle aimait le son qu'elle produisait à chaque pression d'un doigt sur une touche. Elle ne savait pas jouer, mais elle apprit. Se jetant dans la musique, le solfège, les gammes, elle finit par maîtriser la calme puissance de l'instrument. Puisqu'elle ne pouvait pas compter sur ses yeux, entre son cache qu'elle refusait d'enlever et les brûlures qui survenaient n'importe quand, elle se décida ensuite à connaître le clavier même les yeux fermés. Ce ne fut pas difficile, puisqu'elle regardait les partitions quand elle jouait. Il est impossible de savoir quand sa voix commença à se mêler à celle du piano, mais rapidement, elle put chanter tout en restant concentrée sur la danse de ses doigts, et ne s'en priva plus.

Quelques mois après sa découverte, elle se mit à écrire des chansons et des mélodies. La plupart de ses textes exprimaient une intense solitude, mêlée à une détresse acide, ces deux sentiments accordant à ses paroles un accent de vérité qui aurait plus tard un franc succès. Quant à ses mélodies, elles offraient à quiconque savait entendre une tristesse poignante. Elle n'écrivait rien de joyeux, puisqu'isolée comme elle l'était, elle ne connaissait pas vraiment le bonheur. Lorsqu'elle s'enfermait pour composer, il ne fallait surtout pas la déranger, sous peine de la voir se mettre dans une colère folle, d'autant plus impressionnante qu'elle était mise en valeur par sa petite taille.

Peu à peu, elle se remit à sortir. Elle commença par voler une heure ou deux à la journée pour aller à la bibliothèque, par exemple. Au fil des semaines, les durées de ses absences furent de plus en plus longues. Elle n'avait plus de professeurs, elle apprenait par elle-même. Cette témérité naquit de son ennui de plus en plus profond. Chez elle, elle était constamment sur les nerfs, prête à se laisser exploser, mais dans le silence, aucune flamme n'était venue allumer sa mèche. Le monde extérieur était plein de feu, lui... Elle s'en rendait compte à chaque fois qu'elle mettait un pied dehors, s'émerveillant comme une enfant. Un jour, elle eut même l'audace de proposer sa candidature au tenancier d'un piano-bar, qui cherchait un artiste pour l'animation d'une soirée. Il accepta, et ce fut la première expérience de la petite Harakai sur scène. Elle se rendit compte qu'elle aimait cela, et que recommencer était peut-être une bonne façon de se reconstruire.

Elle se souviendrait toujours de cette première expérience, qui avait commencé sur une partie de pile ou face. « Pile, je tourne les talons et je n'y pense plus, face, je me lance. » Ç'avait été aussi simple que cela, et il ne lui en fallait pas plus, car pour elle, les engagements liés à des jeux étaient sacrés. La première chanson qu'elle chanta pour les spectateurs fut très timide, un peu maladroite mais, réalisant qu'à cause des projecteurs, elle ne pouvait pas voir ces visages qui l'intimidaient tant, elle s'enhardit peu à peu. Ses mains habiles couraient sur le piano, et sa voix l'accompagnait, non pas en déchirant le silence outre le chant de l'instrument, mais en se mêlant à lui, en s'y fondant avec douceur, jusqu'à la dernière note, jusqu'aux applaudissements soudains et nourris. C'était une sensation qu'elle ne pouvait tout simplement pas oublier.

Oui, elle se remettait peu à peu. Mais il y avait toujours ce cache sur son oeil, qu'elle n'enlevait que dans le secret de sa chambre. Et pendant les heures où la mélancolie l'étreignait, elle se regardait longuement dans le miroir, cherchant à comprendre pourquoi c'était monstrueux d'avoir cet oeil. Elle ne comprenait pas, à ses yeux, ce n'était pas logique, cela ne correspondait à aucune règle, à aucune loi quelle qu'elle soit. Alors elle cherchait encore, lisant des ouvrages qui, pensait-elle, l'aideraient à trouver une réponse à sa question. En vain.

Acte six : De nos jours

Pour l'anniversaire de ses dix-neuf ans, ses parents posèrent quelques jours de congé. Ils organisèrent une adorable petite fête pour leur fille, où ils ne furent que tous les trois. Et son père, après moult essais, dont plusieurs incluaient des jeux, parvint à faire tomber le carré de tissu noir qui dissimulait l'hétérochromie de son enfant. Manifestement, l'affronter aux échecs en l'amenant à faire ce qu'il voulait si elle perdait n'était pas une bonne idée. Elle avait après tout eu largement le temps de devenir très douée à ce jeu, comme aux autres qu'elle affectionnait tant. Alors, il l'avait amadouée, lui offrant deux petites chattes adorables, encore des bébés, répondant aux doux noms de Nina et Anna. Il lui dit, sur le ton de la plaisanterie, qu'elle ne pourrait pas les voir toutes les deux avec un seul oeil. Il savait à quel point elle avait toujours aimé regarder les images de chats dans les livres de sa bibliothèque, mais il n'avait jamais, avant ce jour, songé à lui en offrir un.  Alors, après les avoir longuement regardées, l'une puis l'autre, elle finit par ôter le cache, le glissant dans sa poche, comme s'il n'avait jamais existé. Ce fut comme un symbole.

Elle avait énormément réfléchi, pendant ces trois années de solitude presque absolue. Pas seulement à ce qu'elle apprenait dans les livres, mais aussi à elle. Elle avait observé, analysé, poussé son esprit à des songeries construites et cohérentes, pour répondre aux questions qu'il lui était arrivé de se poser. Et la conclusion qui s'imposait, elle ne l'avait trouvée qu'à l'instant où le cache-oeil avait disparu de son visage.

Elle acceptait ce qu'elle était, bizarreries incluses. Et elle était prête à affronter la vie d'adulte qui se dessinait devant elle. Une lettre arriva deux jours plus tard, une lettre qui l'invitait à intégrer le lycée Shôri en cycle préparatoire. Elle ne réfléchit même pas avant d'accepter.

Elle voulait vivre.

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Omniscience
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MessageSujet: Re: Eien Harakai | Le voleur lambda passe par la porte. Le voleur malin passe par la fenêtre. Le voleur habile passe par la cheminée. Le marchombre passe.   Lun 21 Juil - 13:03


Bienvenue, Eien !

Ta fiche est correcte, je te valide donc. Félicitations !
N'oublie pas de réserver ton avatar.
Je t'invite à aller faire une demande de rp, afin de pouvoir commencer à jouer avec tout le monde.

A bientôt au lycée ! ♥

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Eien Harakai | Le voleur lambda passe par la porte. Le voleur malin passe par la fenêtre. Le voleur habile passe par la cheminée. Le marchombre passe.

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